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Sorciers, sorcières et sorcellerie
J'ai
trouvé dans les registres paroissiaux de Diemeringen un
acte de décès qui porte la mention "brûlé
comme sorcier après avoir été décapité
par l'épée". La victime était Diebolt
Weyland, frère de mon ancêtre Hans Caspar Weyland.
Cet acte daté du 21 juin 1673, m'a conduit à m'intéresser
aux procès en sorcellerie et chasses aux sorcières
qui ont eu lieu en Lorraine et en Alsace au 17ème siècle.
Entre 1671 et 1673, le registre paroissial de
Diemeringen relate plusieurs affaires de sorcellerie qui ont conduit
une douzaine d'habitants de la seigneurie au bûcher. Les
victimes étaient généralement accusées
d'avoir provoqué des adultères, des avortements
ou des morts d'enfants par maléfices ou par magie.
Entre 1614 et 1642, 64 cas de sorcellerie sont recensés à Saverne. Trente de ces cas
se terminent par une exécution capitale, le plus souvent sur le bûcher.
Les enfants ne sont même pas épargnés. On trouve parmi les victimes
de ces procès un garçon de 9 ans, Philippe Schramm,
qui périra après ses aveux, avec ses 6 complices âgés
de 9 à 16 ans. On ne faisait aux enfants que la grâce de les étrangler
au lieu de les brûler vifs.
Les bûchers de sorciers et sorcières
allumés dans l'Occident chrétien du XVème
au XVIIIème siècle auraient fait environ 50.000
victimes, d'après les historiens. Les femmes représentaient
environ les 3/4 des accusés dans des procès en sorcellerie
tout à fait légaux qui s'appuyaient sur des traités
de "démonologie". Pendant quatre siècles,
la chasse aux sorcières s'est répandue dans toute
l'Europe, mais avec une intensité particulière dans
le Saint Empire romain germanique et les régions voisines.
Suisse, Pays-Bas, Flandre, Luxembourg, Lorraine et Franche-Comté
sont, après l'Allemagne actuelle, les régions qui
ont compté le plus grand nombre de bûchers de sorcières
et de sorciers.
En Lorraine, c'est Nicolas Rémy, né
vers 1530 à Charmes (Vosges), qui a été le
principal pourvoyeur de ces bûchers. Juge tristement célèbre
et auteur en 1596 d'un traité sur la sorcellerie (Trois
livres de la démonolatrie), il serait responsable de la
mort par le feu de deux à trois mille sorcières
et sorciers (il reconnait lui-même 900 exécutions).
Charles III lui avait confié en 1591 la charge de procureur
général du duché de Lorraine. C'est à
ce poste qu'il a pourchassé sans répit sorcières
et sorciers. Il est mort en 1612 à Charmes où il
s'était rétiré six ans plus tôt en
laissant sa charge à son fils.
Des exécutions
pour sorcellerie dans la seigneurie de Diemeringen
- Le 21/6/1673, sont condamnés "als
Zauber(in) verbrannt vorher durch Schwert enthauptet" (brûlés
comme sorciers/sorcières après décapitation
par l'épée)
- Amalia, épouse de Anstett Müller, huillier de Diemeringen
- Thiebold Matt, le tailleur de pierre
- Margaretha, épouse de Philipp (Lips) Adolf, de Diemeringen
- Ursula, épouse de Peter Kübler, forestier (1666,
1684) et maire (1676, 1680, 1683) à Dehlingen
- Christina, épouse en secondes noces de Theobald Böss,
berger à Dehlingen
- Dieboldt Weyland, célibataire, fils de Johann Marcel,
échevin (1696, 1698) de Dehlingen, et de Catharina
- Le 16/10/1673, sont "wegen Zauberei durch
Schwert enthauptet u. beim Galgen verbrannt worden" (décapités
par l'épée et brûlés pour sorcellerie
près du gibet)
- Ottilia, veuve de Carl Enßminger
- Elsbeth, épouse de Niclaß Hänels
- Walburga, épouse de Johannes Koeppel, aubergiste de Dehlingen
- Gertrud, épouse de Ludwig Jonin/Jenin, charpentier à
Dehlingen
- Appolonia, épouse de Ulrich Kieffer de Dehlingen
- Margaretha, épouse de Anstett Hemmert de Dehlingen
Quelques actes relevés
dans les registres paroissiaux de Diemeringen
Den 29 dito. [Aprilis 1671], hatt sich Hanß
Martin Müller der junge Schneider von hier, weyland Anstett
Müllers des Ohlmanns und Amuleyen gewesener leidiger Sohn
von 26 Jahren, allhier in dem Schloß in seinem
Gefängniiß also er henckt,
daß er mit gebogenen Knien auf der Erde gestanden nachdem
er vorhero in er schröcklicher Sodomia und Zauberey ergriffen
und befunden worden. Wurde den 2. May samt einer Geyßen
und jungen Pferd beym hochgericht verbrandt.
Traduction: Le 29 avril 1671 s'est pendu
ici dans la prison du château, Hanss Martin Müller,
jeune tailleur de ce lieu âgé de 26 ans, fils célibataire
du défunt Anstett Müller, huilier et "amuleyen(?)
", qu'il se trouvait agenouillé au sol après
qu'on l'ait jugé saisi d'une horrible sodomie et sorcellerie.
A été brûlé près du gibet le
2 mai avec une chèvre et un jeune cheval.
Den 20. Xbris [1671] ist Nickel Frantz, sonsten der Küh Nickel
genannt, und sein Ehweib Janetta und Ihrer beyder Sohn Nickel
Frantz der Jüngere, um verübter schrecklicher Zauberey,
ertödtung, und verdribung Menschen und Viehes worunter Sie
drey Ihrer eignen Enkeln, und Hänrich Häneln zwei Kinder
umbgebracht, und Hanß Jacob Dormeyern allhier, lungen, beinlein,
Haar und Glaß in den backen gezaubert, auch der Sohn der
Sodomiterey ergeben gewesen auf erhaltene große gnade, mitt
dem Schwerd vom Leben zum Todt gerichtet, und die Cörper
zu aschen verbrennet worden.
Traduction: Le 20 décembre 1671, Nickel Frantz,
connu sous le nom de Nickel le vacher, son épouse Janetta
et leur fils Nickel Frantz le jeune, pour avoir commis une horrible
sorcellerie, assassinat de personnes et de bétail, tous
les trois ayant entraîné (assassiné ?) leur
propre cousin et les deux enfants de Hänrich Hanel, et Hans
Jacob Dormeyer d'ici, poumons, jambes, cheveux et verre ensorcellés
dans les joues, le fils ayant pratiqué la sodomie, ont
reçu une grande grâce, sont passés par l'épée
de vie à trépas, et leurs corps ont été
réduits en cendres.
Den 23. Decembris [1672] ist Margaretha, Hans Martin Banngerts
des Zimmermanns allhier gewesenes Ehweib in ihrem Gefängniiß
in welchem Sie angeklagter Zauberey und begangenen, bey
nahe zwantzig Ehebrüchen halben ingesessen, todt gefunden
; und folgenden 24, zum hochgericht auf einer schlaiffen geführt,
undt unter daßelbe durch den scharfrichter vergraben worden.
Traduction: Le 23 décembre 1672
est morte dans sa prison, Margaretha, épouse de feu le
charpentier Hans Martin Bangert d'ici, trouvée morte dans
sa prison où elle était incarcérée
accusée de sorcellerie et pour avoir commis près
de vingt adultères, et le 24 suivant conduite sur une trainée
au gibet (et sous le même) enterrée par le bourreau.
Den 16. Octobris [1673] ist Ottilia Enßmingerin Wittlib
sonsten vulgo Gerber=Ottel, Elsbeth, Niclaß Hänels
des Unter Portners Frau, beede von hier, item von Dehling Hans
Köppels des Würths Weib, namens Walpurg desgleichen,
Louys Jenins Frau, Gertrud ; auch Ulrich Kieffers Weib Appolonia,
und Anstett Hemmerts Frau Margaretha, der Zauberey halben, mit
dem Schwert gerichtet, und die Cörper beym Galben verbrannt
worden.
Traduction: Le 16 octobre 1673, Ottilia
Enssminger Wittlib appelée d'ailleurs vulgairement Gerber=Ottel,
Elsbeth, épouse du (UnterPortner = Sous-gardien de porte
?) Niclass Hänels, tous deux d'ici, de même la femme
de l'aubergiste Hans Köppel de Dehlingen, nommée Walpurg,
de même, Gertrud, femme de Louys Jenin; aussi Appolonia,
femme d'Ulrich Kieffer, et Margaretha, femme d'Anstett Hemmerts,
ont été exécutées pour sorcellerie
et les corps ont été brûlés près
du gibet.
Sources:
- Registres paroissiaux de Diemeringen, 1588-1715, film FHL no 0742365
- 'Dehlingen im Krummen Elsass', de Doris Wessner
- Revue 'Pays d'Alsace', cahiers 182-I/1998 et 185-IV-1998, (les aveux d'un sorcier de 9 ans originaire de Saverne), SHASE
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