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Emigration
Quitter l'Alsace pour l'Amérique du Nord
Pour bien comprendre historiquement l'émigration
alsacienne, il faut la considérer comme faisant partie
du grand exode des régions du sud ouest germanique qui
comprennent le Bade-Wurttemberg, la Hesse et le Palatinat. Généralement
appelés "palatins" dans l'Amérique coloniale,
ces immigrants, presque tous protestants, ont fui une détresse
économique amplifiée par les destructions des guerres
fréquentes. Les alsaciens se confondaient avec les autres
candidats à l'émigration pendant leur descente du
Rhin et la traversée vers l'Amérique.
Il n'est pas possible de déterminer précisément
combien d'alsaciens sont arrivés en Amérique avant
1775. Les listes d'émigrants "palatins" citent
souvent des personnes venant d'Alsace, de villes ou de villages
alsaciens. La majorité s'est installée dans l'est
de la Pennsylvanie, mais certains se sont disséminés
dans d'autres régions, notamment ceux qui ont fondé
en 1719 une colonie sur le Mississipi à quelques kilomètres
de la Nouvelle Orléans, appelée la "German
Coast". Les colons de Louisiane ont été rejoints
par un contingent d'alsaciens luthériens vers 1750. Victime
de persécutions religieuses en France, ce groupe a été
exilé en Louisiane par le gouvernement français.
Mais les immigrants alsaciens du 18ème siècle en
Louisiane, comme ailleurs, se sont fondus parmi des groupes germaniques
plus importants et ont perdu leurs caractéristiques distinctives.
Entre 1775 et 1825, peu d'émigrants européens
sont entrés en Amérique du Nord. Mais plus tard,
le flux en provenance des états germaniques du sud-ouest
a grossi d'une manière significative et vers 1850 il a
pris les proportions d'une invasion. Des alsaciens ont pris part
à ce mouvement et l'Alsace est devenue une région
d'émigration française importante. En Louisiane
par exemple, une majorité écrasante des immigrants
français de la décennie qui a précédé
la Guerre Civile étaient des alsaciens. Comme au cours
de la période coloniale, la plupart des immigrants alsaciens
s'installaient dans des enclaves germaniques. Il y avait inévitablement
un nombre important de mariages entre-eux, particulièrement
parmi les personnes qui partageaient les mêmes convictions
religieuses.
Les causes de l'émigration
Les problèmes locaux les plus graves étaient
rencontrés dans les provinces d'Alsace, de Lorraine et
de Franche-Comté. Sous l'Empire, ces provinces étaient
devenues des centres importants pour le commerce avec les régions
d'Europe centrale qui étaient tombées sous contrôle
militaire français. Cependant, l'invasion de 1814 et l'occupation
militaire de la région en 1815 n'avaient pas seulement
interrompu ce commerce, mais elles avaient dévasté
l'agriculture dans la région. (Entre le 23 septembre et
le 5 décembre 1815, 288.634 soldats et 93.938 cavaliers
étaient installés dans le Bas-Rhin). A la fin de
l'occupation militaire, les villes frontalières autrefois
florissantes ont découvert qu'elles avaient été
supplantées dans leur position de centres commerciaux par
les ports maritimes de l'Atlantique et de la Méditerranée
nouvellement créés.
La crise économique résultante a
été aggravée par une augmentation importante
de la population qui a entraîné pour les jeunes générations
des difficultés croissantes à trouver un emploi
et un logement. La croissance de la population alsacienne a été
particulièrement importante, passant de 800.000 en 1814
à 914.000 en 1830, puis à 1.067.000 en 1846. L'augmentation
importante de la population générait un nombre toujours
croissant de personnes qui ne pouvaient pas obtenir de terres
dans cette région essentiellement agricole. Même
ceux qui avaient la chance de pouvoir cultiver la terre subissaient
un déclin implacable de leur train de vie à cause
de la restriction d'accès aux forêts autrefois communales
et de l'augmentation des amendes pour 'braconnage' de bois qui
entraînaient ensuite des dépenses de chauffage supplémentaires.
Partir et souffrir pour survivre
Des capitaines de bateaux sans scrupules étaient
prompts à profiter de la misère de la population
alsacienne. A partir de 1817, l'Alsace fut régulièrement
visitée par des 'recruteurs' russes et américains
- qui étaient en fait les agents de divers armateurs -
se faisant passer pour des voyageurs anglais, hollandais ou français
et qui répandaient des histoires fabuleuses sur les opportunités
économiques qui attendaient les alsaciens impatients de
partir aux Etats-Unis, en Pologne occupée par les russes
et en Ukraine. Soucieux de profiter de ces promesses, qui n'étaient
malheureusement que des opportunités fictives, et décidés
à renoncer à attendre longuement et inutilement
un passeport délivré par des autorités peu
disposées à les laisser partir, des dizaines de
milliers d'alsaciens quittèrent leur province pour les
ports d'attache des employeurs de ces recruteurs. Quand ils arrivaient
à ces ports, les émigrants alsaciens, qu'un observateur
contemporain décrivait comme des personnes qui avaient
touché "l'extrême fond de la pauvreté"
ou qui "se trouvaient dans des conditions à peine
meilleures", étaient à la merci des capitaines
de bateaux qui ne laissaient aux fugitifs que le choix entre l'arrestation
pour cause de voyage illicite, ou la traversée en échange
d'un contrat de véritable esclavage. Conçu pour
fournir une nouvelle source de travailleurs aux planteurs de Louisiane
après l'arrêt de l'importation d'esclaves africains
en 1807, ce système d'exploitation avait été
utilisé avec tant d'abus en 1816 et 1817, qu'en 1818 l'assemblée
de Louisiane avait édicté des lois qui protégeaient
spécifiquement les droits des immigrants amenés
dans le pays en tant que "rédempteurs". "Une
loi pour la liberté et la protection des personnes amenées
dans cet Etat en tant que rédempteurs", par exemple,
donnait le pouvoir aux "gardes" payés par l'Etat
de protéger les immigrants qui avaient été
contraints à signer des contrats et de poursuivre les capitaines
de bateaux coupables de l'extorsion de leurs signatures.
Les efforts de l'Etat pour infléchir l'exploitation
débridée des immigrants furent couronnés
de succès, mais ils ont entraîné de nouveaux
efforts des armateurs qui ont tenté dès 1818 de
demander pour le voyage des sommes exorbitantes aux passagers
de troisième classe (entrepont).
Des dizaines de milliers d'alsaciens partirent
vers la Russie et les Etats-Unis entre 1817 et 1839. En fait,
les chiffres officiels, qui ne dénombrent qu'une partie
infime de tous les immigrants alsaciens, indiquent que 14.365
départs autorisés vers les Etats-Unis eurent lieu
à partir du Bas-Rhin entre 1828 et 1837 -- 11.069 de ceux-ci
à partir des seuls arrondissements de Wissembourg et de
Saverne.
L'émigration alsacienne qui se poursuivait
était alimentée par l'instabilité continue
de l'économie de la province. Beaucoup d'alsaciens qui
avaient d'abord lutté contre la tentation de quitter leur
maison durent bientôt regretter leur décision, car
après une légère amélioration de la
situation économique au début des années
1820, l'économie locale fut dévastée par
la panique de 1825. Dans leurs tentatives infructueuses pour régler
leurs problèmes économiques qui s'aggravaient, certains
paysans alsaciens - dont beaucoup furent finalement contraints
d'émigrer - empruntaient périodiquement de l'argent
à des colporteurs juifs et à des prêteurs
des villes et des villages. Ces prêteurs - qui furent souvent
traités d'usuriers par les emprunteurs - devinrent les
boucs émissaires du déclin du train de vie de la
paysannerie, et des crises périodiques d'antisémitisme
conduisirent un grand nombre de juifs alsaciens à émigrer
au cours de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.
La vie n'était pas bien meilleure pour
les travailleurs des usines du textile et de l'industrie lourde
de la région. Grâce aux ressources locales de charbon,
de minerai de fer et de la disponibilité d'une force de
travail facilement exploitables (en particulier des femmes et
des enfants), l'Alsace était devenue l'une des régions
les plus lourdement industrialisées de France au début
du dix-neuvième siècle. En fait, en 1840, un travailleur
de l'industrie sur dix était alsacien. Mais la vie de ces
travailleurs de l'industrie était souvent plus difficile
que celle des paysans, particulièrement dans les usines
de coton, où les femmes et les enfants travaillaient pendant
de longues heures dans des conditions dangereuses et pour de maigres
salaires. Les salaires des usines alsaciennes avaient très
peu augmenté entre 1815 et 1848, mais "la plus petite
crise saisonnière ou générale provoquait
le chômage qui menaçait la vie de ces travailleurs."
[André Jardin et André-Jean Tudesq, Restauration
et Réaction, 1815-1848] Comme Jardin et Tudesq l'ont noté,
"lorsque quelques usines fermaient, un groupe entier de la
population était réduit à la mendicité."
[sources: Harvard Encyclopedia
of American Ethnic Groups, Stephan Thernstrom (Cambridge: Harvard
University Press, 1980), p. 29-31. article de Frederick C. Luebke
/ Foreign French: Nineteenth century immigration
into Louisiana, de Carl A. Brasseaux Lafayette, LA: Center for
Louisiana Studies, Univ. of Southwestern Louisiana, c1990-1992;
vol. 1: 1820-1839; vol. 2: 1840-1848.]
Et en Lorraine?
La Lorraine voisine avait rencontré moins
de problèmes pour s'adapter à l'industrialisation,
simplement parce que cette région frontalière plus
montagneuse ne pouvait supporter qu'un développement industriel
moins important. Le manque d'implantation industrielle de base
avait créé des problèmes socio-économiques
dans cette province. Les ressources agricoles limitées
de la Lorraine, déjà grevées au moment de
la Restauration, ne purent supporter l'augmentation de la population
locale de 1.406.000 en 1821 à 1.648.000 en 1846. L'impossibilité
pour l'infrastructure économique de la région d'absorber
les paysans chassés de la terre par l'augmentation de la
population, contrairement à un corridor fortement industrialisé
et généralement prospère, situé au
nord le long de la frontière belge, qui avait une densité
de population bien supérieure (à certains endroits
presque le double de la moyenne nationale) et une stabilité
démographique plus grande que toute la France, avait déclenché
une émigration persistante de Lorrains à la fois
vers les autres régions de France et vers d'autres pays.
Les causes de l 'émigration mosellane
- La misère : mendicité, salaires et charges, crises,
emprunts aux juifs que l'on ne peut pas rembourser.
- Manque de terres (les terres sont louées au seigneur), manque
de travail et répression des délits forestiers.
- Le climat: hivers longs et rigoureux, calamités naturelles.
- Les épidémies: petite vérole en 1826 et 1827,
choléra en 1832 et 1849.
- Les guerres: fréquentes au cours des 18ème, 19ème et
20ème siècles. Entre 1804 et 1814, on cherchait
à se soustraire au tirage au sort qui menaçait d'un
service de 7 ans.
- Les persécutions religieuses et politiques: anabaptistes et mennonites sont
parmi les premiers arrivés en Amérique du Nord.
Refuge des personnes recherchées, des filles mères,
des anciens condamnés. Les mennonites du canton de Sarrebourg,
de la région de Dabo et de Lorquin qui ont refusé
de prendre les armes.
- L'aventure : attrait de l'inconnu.
[source: Viva America, par Marie-José Marchal]
Germans To America
Liste des passagers arrivés
dans les ports américains, 1850-1893, A. Glazier et William
Filby
Pour les généalogistes et pour ceux
qui s'intéressent à l'histoire des familles, Germans
to America constitue la source principale des immigrants d'origine
germanique. Cette source concerne la période de 1850 à
1893. La collection des volumes publiés reproduit les informations
enregistrées sur les listes de passagers originales de
tous les bateaux arrivés dans les ports des Etats-Unis
en provenance de l'étranger. Sont inclus: les bateaux qui
étaient partis de ports allemands ou ceux qui transportaient
des passagers déclarés d'origine germanique. Pour
chaque émigrant, on trouve les nom et prénoms, âge,
sexe, profession et province ou village d'origine (quand il est
disponible). Un index complet des patronymes figure à la
fin de chaque volume. Pour toute information, on peut contacter:
Scholarly Resources
104 Greenhill Avenue
Wilmington DE 19805-1897
USA
e-mail: sales@scholarly.com
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